Pulsojet – l'attraction des vols-spectacles
25e anniversaire du Swiss Pulsojet Team
Exister un quart de siècle semble presque une éternité pour bon nombre de groupes pop. Pour sa part, Rogers Knobel est parvenu à contaminer si intensément ses deux camarades Alfred Andrist (Fred) et Budi Habegger (Budi) par le «virus du pulsojet» que 25 ans après, ils font toujours partie du team avec enthousiasme.
Pulso Delta: envergure 1,05 m; longueur 1,3 m; poids 4,7 kg; vitesse de vol maximale 391 km/h, ici en approche d'atterrissage.

Le pulsoréacteur appartient à la famille des moteurs à réaction. D'architecture très simple et contrairement au turbo-réacteur, il ne comporte presque aucune partie mobile. A l'origine, ce fut aussi la raison de son développement pendant la Deuxième Guerre mondiale, avec son utilisation en grande série sur les célèbres bombes volantes V1 (armes de représailles). Les inconvénients typiques de ce type de propulseur, forte usure et rendement du carburant plutôt faible, n'étaient pas gênants ici. Même le bruit intense de ces premiers «cruise missiles» (missiles de croisière) revêtait un aspect positif à leurs débuts: ainsi les bombardiers en piqué Ju 87 (Stuka) étaient-ils délibérément dotés de sirènes très bruyantes pour terroriser encore plus, guerre psychologique oblige, les populations des pays ennemis. Certains désavantages de ces propulseurs monoflux bon marché n'apparurent qu'au cours des phases ultérieures des hostilités. Leur vacarme, par exemple, avait moins pour effet d'effrayer l'ennemi que d'alerter assez tôt les servants de ses postes de DCA. La vitesse de vol relativement lente (environ 630 km/h) des bombes volantes permettait aussi aux chasseurs plus rapides, glissant la pointe de leurs ailes sous celles des missiles, de les dévier de leur trajectoire ou même de les mettre en vrille. Les bombes volantes s'écrasaient alors souvent au sol, bien avant d'atteindre leurs cibles. →

Le flux d'air entrant arrive par l'avant, pénétrant immédiatement dans la chambre de combustion; le carburant, injecté dans l'air, y entraîne l'allumage du mélange résultant du fait des restes de gaz brûlants demeurés dans le tube du moteur après l'explosion précédente. Considérée d'un point de vue pyrotechnique, celle-ci est en fait une déflagration. Le brusque accroissement de pression provoque la fermeture de volets mobiles montés juste après l'entrée d'air, contraignant les gaz de combustion à ne s'évacuer que vers l'arrière. La pression chute alors dans la chambre et les volets mobiles se rouvrent, laissant entrer un nouveau volume d'air frais pour alimenter le cycle d'explosion suivant. Le jet de gaz ainsi généré fournit la poussée nécessaire à la propulsion. Ce mode de fonctionnement générant un fort échauffement, le moteur doit être installé à l'extérieur du fuselage pour prévenir tout risque de destruction thermique de celui-ci. Le catapultage rapide de l'engin pour son lancement permet aussi un refroidissement externe du moteur par le vent relatif, évitant une surchauffe. Les explosions continues dans le tube du moteur produisent des ondes sonores, responsables du niveau de bruit très élevé. A quoi s'ajoute une résonance intentionnellement souhaitée dans le tube, requise pour le fonctionnement, créant encore un surcroît acoustique de la pression sonore. Les volets flottants sont très fortement sollicités en conséquence et subissent une usure intense, nécessitant leur remplacement toutes les deux séances de vols-spectacles. Ils doivent en effet résister à quelque 240 explosions par seconde, lesquelles émettent ce «son pulsant» typique situé dans les basses. Malheureusement, cette sonorité peu commune est loin d'être appréciée par tous ceux qui l'entendent. C'est pourquoi le Pulsoteam ne fait jamais voler ses engins plus de trois minutes d'affilée, et pas plus de deux fois le même jour. Le moteur est très peu exigeant en matière de carburants, pouvant brûler de l'alcool pur, de l'essence, du diesel ou du kérosène (le jet illustré vole au kérosène). Selon celui employé, l'impression olfactive va de totalement neutre à ce parfum d'ouverture sur le vaste monde (dans le cas du kérosène), tel que souvent si bien perçu sur la plupart des aéroports.

Chaque étape fait l'objet d'une répétition scrupuleuse. Absolument rien n'est laissé au hasard lors d'un show, la sécurité de tous les participants interdisant la moindre négligence. La rampe de lancement, une catapulte à câble de traction, est précisément orientée dans la direction du vent. Fred (à droite sur l'image) procède justement à l'injection d'un mélange d'air comprimé et de gaz dans la chambre de combustion, depuis l'avant. Budi (à gauche sur l'image) est prêt à enflammer le gaz depuis l'arrière sur l'injonction de Rogers, lançant ainsi le processus de combustion. Accessoires indispensables: gants ignifuges et protection auditive. Dès que le jet produit de la poussée, il est accéléré et lancé par la catapulte, ainsi amené à une vitesse autorisant les manœuvres. En vol, Fred gère la vitesse via le volume de carburant injecté, précisément dosé par la pompe à carburant. Simultanément, Budi supervise la durée du vol et la vitesse instantanée du jet. Seconde par seconde, un système de télémétrie intégré lui fournit les valeurs de vitesse. Comme le jet vole très vite et possède en outre une excellente aptitude à planer, la zone d'atterrissage doit être soigneusement agencée. Lors de l'approche, Budi communique ses valeurs relevées au pilote, afin que celui-ci puisse stopper la pompe à carburant exactement à l'instant voulu et entamer l'atterrissage. Dès que l'aéronef est au sol, Fred part au pas de course pour ramener le jet dans les plus brefs délais à son point de lancement, enchaînant ainsi avec la démonstration suivante du spectacle aérien sans perdre de temps.

On a déjà pu voir des spectateurs se renseigner sur d'éventuelles possibilités de rétribution dans ces présentations d'«air shows», mais Rogers a dû les décevoir. Comme tant d'autres hobbies, l'aviation «pulsée» s'accompagne de lourds déficits, surtout lors d'apparitions à des meetings aériens en Amérique ou Asie. Souvent aussi, il faut consentir à de longs déplacements à travers la moitié de l'Europe, nécessitant beaucoup de temps et générant des frais considérables, chaque fois entièrement assumés par le team. Le Pulsoteam présente principalement ses démonstrations pour offrir bonheur et divertissement aux foules de spectateurs fascinés par cette discipline. Les trois messieurs restent eux-mêmes toujours enthousiasmés par cette technique, qu'ils savent maintenant appliquer à merveille. Grâce à la couleur «pink» présente sur les accessoires, les vêtements, le bus de transport et même sur le jet, l'identité du team est immédiatement reconnaissable par le public. Quelques anecdotes circulent déjà à ce sujet sur la scène des shows, comme quand Rogers a tenté de commander une protection auditive Pamir en violet. Sur un ton assez peu chaleureux, la dame au téléphone a indiqué qu'il était trop tard pour cela, le carnaval devant commencer dès la semaine prochaine. Le team affiche aussi des préférences fermes en matière de boissons. Comme pilote, Rogers «carbure» au cola. Adhérant également à ce choix, Budi et Fred en boivent de même. La forme pure de ce breuvage leur paraissant toutefois un peu monotone sur la durée, il leur arrive de la «couper» d'une dose de whisky... De faibles changements de couleurs n'étant toutefois guère perçus par le public environnant, l'homogénéité de l'aspect demeure conservée: c'est ce que les entreprises américaines nomment «corporate identity». Et pour que les nombreux spectateurs enthousiasmés ne s'ennuient pas subitement après les trop brefs shows, Budi glisse encore quelques «bons mots» divertissants. Pour tous les amateurs de pulsojets, Rogers anime aussi le site Web www.pulsojet.ch. Les lieux et dates des prochaines apparitions y sont systématiquement mentionnés. Les spectateurs bien informés sont chaque fois reconnaissables au Pamir dont ils sont munis.

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