Titelstory

Dans le monde de l'aviation à l'essai

von Emil Ch. Giezendanner
8
Le camp de jeunesse JuLa de Pro Aéro est bien vivant!

En 2012, le camp de jeunesse de Pro Aéro se déroulera pour la 30e année consécutive. Dans le monde, ce programme d'encouragement de la jeunesse aux multiples disciplines de l'aviation est un de ceux qui connaissent le plus de succès. Le concept de base est resté: construction artisanale d'un objet volant, mécanique de vol, pratique de vol, présentation des chemins conduisant aux métiers de l'aéronautique, vol en ballon captif et vol en avion en collaboration avec le groupe de vol moteur local.


Les modélistes ont offert ce camp de jeunesse à l'Aéro-Club

L'organisation et la mise en œuvre du camp de jeunesse Pro Aéro fait partie des tâches principales de l'Aéro-Club de Suisse. In n'en a pas toujours été ainsi. Le camp a été fondé à l'époque par la Commission aéromodéliste (Modellflugkommission MFK) et son président Werner Koelliker. Sur mandat de la MFK et avec le soutien précoce de la fondation Pro Aéro, je me suis occupé de la planification et de l'organisation du camp avec les responsables des différentes disciplines. Le support administratif était fourni dès le début par l'AéCS avec Marco Schnyder. Malgré cela, les responsables et moi-même supportions une grande charge de travail. Cela se situait à la limite des capacités d'une organisation de milice. Les 6 premières éditions se sont déroulées dans l'auberge de jeunesse de St-Moritz, puis ensuite à Pontresina. En 1989, nous avons emménagé pour des raisons de place dans les casernes de la DCA à S-chanf. C'est à ce moment que le camp de jeunesse s'est arrêté pour moi car il était devenu trop lourd à gérer seul! Lorsque l'AéCS parle avec une légitime fierté de son camp de jeunesse qui rayonne sur toutes les autres initiatives d'aide au développement, il ne doit pas oublier que cette institution s'est construite sur l'initiative et avec le grand engagement des modélistes. Ceux-ci ont offert un beau cadeau à l'AéCS, cadeau qui profite également aux autres sections.



Brève parenthèse: vol solaire plutôt que frustration

Malheureusement, il n'a été possible de pérenniser ce concept qu'après quelques changements de personnel au sein du comité directeur et au secrétariat central de l'AéCS. La phase de transition du JuLa (Jugendlager ou camp de jeunesse) entre la commission d'aéromodélisme et l'AéCS demeure pour moi un des souvenir les plus sombres laissés par notre organisation faitière. Mais trêve de lamentations: en 1993 déjà, en compagnie de Dani Bucher, j'ai fondé le premier camp de vol à énergie solaire au monde. Le projet s'appelait «Voler à l'énergie solaire» (presque 20 ans avant Piccard!). Pendant une semaine, environ 20 jeunes ont construit et fait voler des avions à énergie solaire dans la campagne appenzelloise. Cette réalisation a trouvé sa place dans la rubrique énergie renouvelable de la presse spécialisée. Nous avons bénéficié d'un grand soutien de l'économie électrique. La NOK (Nordostschweizerische Kraftwerke) nous a offert des centaines de cellules solaires coûteuses. Nous avons renouvelé 5 fois ce camp, jusqu'au décès prématuré de Dani Bucher.



On demande de la polyvalence

Après la décision, prise à l'unanimité, de la commission d'aéromodélisme, je pouvais librement m'atteler à la tâche. J'ai commencé par chercher des partenaires dans les écoles, la formation professionnelle et le sport. J'avais initialement l'idée d'un camp pour modélistes exclusivement suite aux camps de construction pour les moniteurs du Melchsee-Frutt (d'abord à Arosa puis au Hahnenmoos). Ainsi, l'idée de construire des objets volants plutôt que des avions s'est développée, en collaboration avec nos deux pédagogues et enseignants Joseph Eugster et Roland Schnyder. Joseph Eugster était un grand spécialiste des cerfs-volants (auteur de divers ouvrages spécialisés pour enseignants; on le surnomme aussi Drachen-Sepp) et Roland Schnyder avec ses connaissances en physique, apporta beaucoup en proposant des montgolfières. Ainsi, on inscrivit au le programme ces 2 objets volants et un avion. Pour la construction d'un planeur en balsa, on trouva en Werner Heise, un spécialiste de vol libre ainsi qu'un chef de camp. Il mit au point pour le camp son propre modèle «Grashüpfer». Il fallait maintenant collecter des informations concernant les métiers de l'aviation et l'aviation de loisir. J'ai donc cherché en dehors du cercle des modélistes. Ils devaient s'occuper eux-mêmes de leurs domaines. J'ai utilisé mes bonnes relations auprès des responsables de formation de Swissair, Swisscontrol, Rega ainsi que chez les forces aériennes et les ai fait venir présenter le soir des conférences sur leurs organisations et l'accès aux carrières professionnelles – tout cela en 3 langues. A cela se sont ajoutées des démonstrations de saut par des grenadiers parachutistes, des présentations d'aéromodélistes, des ailes delta, des vols militaires, etc. Des rencontres avec le pilote des glaciers Fredy Wyssel et avec le champion suisse de vol à voile de l'époque Max Lamm furent des moments inoubliables. Nous nous souvenons avec plaisir des passages de Mirage, dont le pilote était modéliste et qui ont suscité quelques téléphones mécontents de la part de l'aérodrome de Samedan.



Le JuLa aujourd'hui

Aujourd'hui, le camp de jeunesse Pro-Aéro n'a rien perdu de sa popularité et de son attractivité. Le concept de base est resté. La majeure partie de la planification et de l'organisation est réalisée par le secrétariat central de l'Aéro-club suisse. Marco Schnyder dirige l'ensemble avec un grand savoir et beaucoup d'engagement depuis près de 20 ans. Les mois précédant le camp, il y a une quantité de préparations à faire, répondre à des centaines de demandes, des rendez-vous à organiser, du matériel à collecter etc. Nombre de modélistes et collègues des autres disciplines l'aident non seulement pendant le camp mais aussi lors de la phase préparatoire. A mon sens, les très nombreuses demandes et contacts venus de milieux de population divers augmentent la notoriété et le capital-sympathie de l'AéCS mieux que n'importe quelle autre communication. On le comprend également au sein de la Fondation Pro Aéro, qui soutient financièrement de manière extrêmement généreuse le camp depuis son début. Grâce à eux, les frais d'inscription des participants sont restés à un niveau acceptable.


Le JuLa s'inscrit formidablement dans le concept de relève de l'AéCS

Les concepts qui se définissent par de la pratique ont généralement plus de succès que ceux développés dans un bureau. Avec le camp Pro Aéro JuLa, l'AéCS a comblé une lacune dans l'aide à la formation. Pendant que les groupements modélistes posent les premières pierres avec des cours de construction et des cours d'initiation au niveau de l'école primaire, les régions peuvent proposer un complément plus étoffé en organisant des ateliers et camps de modélistes dès l'école secondaire. Le camp Pro Aéro propose aux jeunes en quête de formation un aperçu des métiers de l'aviation. La fédération de modélisme est à ma connaissance la seule qui mette en œuvre également un tel outil de formation. Le pas suivant à mentionner dans le monde de la formation aéronautique est SPHAIR, qui veut évaluer et encourager le talent chez les jeunes. Il faut également citer les écoles de vol à voile et vol à moteur, les écoles de parachutisme, etc., et finalement toutes les formations de base ou complémentaires de gestion, de technique de l'aviation et travail en cabine. Les formations relatives au modélisme après le JuLa sont malheureusement peu nombreuses, car on ne trouve pas au sein des groupements modélistes des personnes, bénévoles naturellement, capables de se trouver presque quotidiennement sur le terrain afin d'enseigner par la pratique (learnig by doing).


Le principe de l'égalité des chances

Lorsque près de 200 jeunes suivent un programme intensif pendant une semaine, la formation individuelle approfondie est limitée à un cours de construction. Ratisser large se fait au détriment d'une formation plus poussée. Dans le camp JuLa, tous font face aux mêmes exigences et ont les mêmes chances. Le but est d'immerger le participant dans les différents domaines de l'aviation et de lui permettre d'acquérir ainsi les bases pour choisir plus tard sa voie vers une profession ou un loisir aéronautique. Même si dans sa vie le participant ne se dirige pas vers des activités aéronautiques, il conservera une attitude positive envers l'aviation. Des informations pratiques et ouvertes ont toujours fait leurs preuves. Peut-être qu'un jour une équipe de recherche universitaire voudra examiner ces différentes questions autour du camp Pro Aéro. Ce serait en tout cas intéressant. En général, on ne parle que de comment débuter et voler, rarement de l'initiation. Le JuLa est la meilleure initiation à l'aéronautique. Si les responsables continuent à capter et développer l'intérêt et la curiosité des jeunes, alors cette structure vivra encore longtemps. On ne peut donc que souhaiter bon vent et bonne chance à tous ceux qui sont impliqués.



Afficher toutes les catégories →

ACTUALITÉS

Trier par:
Autres articles →



An error has occurred. This application may no longer respond until reloaded. Reload 🗙